Etant enseignant (prof de musique), j'illustrerai cette phrase de mère Thérésa par une expérience que j'ai vécu dans le cadre de mon métier. Une très belle expérience qui a marqué mon année scolaire 2003-2004 à Sainte-Catherine de Sienne d'Aix-en-Provence: celle de Lucie.
Lucie était une jeune fille qui était dans la classe de 5ème A. Elle montrait une image d'elle fort peu plaisante. Ses résultats scolaires étaient très bas(non seulement chez moi mais dans toutes les autres disciplines également),elle bavardait souvent en cours et son attitude frisait l'insolence.
A plusieurs reprises j'ai du la rappeler à l'ordre. Mais face à son insolence je me voyais dans l'obligation de la sanctionner par une prise du carnet de liaison pour y inscrire une observation.
Un beau jour,je discutais avec la prof de math de cette 5ème A. Au cours de la conversation,elle me demande:
"Tu as des ennuis avec Lucie?" Je lui ai répondu que j'avais noté une attitude pour le moins irrespectueuse de la part de la jeune fille. Et la prof de math m'a alors expliqué qu'elle avait parlé avec Lucie,et que celle-ci lui avait dit:
"...de toute façon le prof de musique ne m'aime pas."
Cette phrase, même si je n'ai rien montré, m'a tout de même touché. J'ai alors envisagé d'avoir une conversation avec elle. Et comme prévu cette conversation eut lieu, un lundi de printemps entre midi et deux.
Je lui ai demandé de me confirmer ce qu'elle avait pu dire à la prof de maths.
"Ben oui,chaque fois que je parle vous me prenez le carnet et vous me mettez une observation."
Je lui ai alors fait remarquer que jamais je ne lui avais pris le carnet dés le premier rappel à l'ordre, tout en lui expliquant que faire son cours face à des élèves qui bavardent s'avérait très agaçant. Pour ce faire j'ai pris un exemple en prenant soit d'inverser les rôles.
"Imagine, lui ai-je dit, que je te pose une question,et qu'au moment où tu me réponds, je me désintéresse totalement de toi et de ce que tu me dis pour parler avec une autre personne qui se trouve à côté...comment le prendrais-tu?
Lucie ne savait plus quoi répondre.Elle m'a alors regardé avec une sorte de sourire géné en disant timidement: "...ben mal!"
"Alors on se comprend"ai-je alors répondu. Elle ne put qu'acquieser, son visage arborant toujours le même sourire.
Puis j'ai abordé la question de l'affect.
J'ai expliqué à Lucie qu'en règle générale, j'aimais les jeunes et donc mes élèves et que c'était pour ça que j'étais là, en lui disant textuellement que si je n'aimais pas les élèves, je ne ferais pas ce métier, et que ce n'est pas parce qu'on punit les élèves qu'on ne les aime pas.
Puis j'ai fait une comparaison.
- A la maison,lorsque tu fais une bétise ou que tu pousses le bouchon trop loin,tes parents te punissent,non?
- Oui ça arrive, m'a t-elle répondu.
- Et pourtant, ils t'aiment?
- Ben oui,reconnut-elle.
- Eh bien les profs c'est pareil. On n'a pas la même affection pour vous que vos parents, mais on n'en a. Sinon on ne ferait pas ce métier, ai-je alors répété pour bien lui faire intégrer cette idée. Pour moi un prof qui n'aime pas les élèves n'a rien à faire dans une salle de cours.
A partir de là, son sourire géné s'est transformé en un sourire particulier...celui d'une jeune fille rassurée. Tellement rassurée que Lucie a commencé à se confier à moi, sur sa vie, sa famille, ses états d'âme. Et j'ai vu là non plus une fille insolente et désagréable, mais une écorchée vive, une fille avec le coeur sur la main qui souffrait d'être insolente et qui ne demandait qu'à se sentir aimée et comprise.
Depuis ce jour,ses résultat (du moins chez moi) ont considérablement progressé. Passant de 4/20 de moyenne au premier trimestre et 3/20 au deuxième, Lucie a terminé l'année avec 13,7/20 de moyenne, à raison de 3 notes par trimestre (pratique instrumentale, chant et interro écrite sur les écoutes).
Et depuis ce jour,il était fréquent d'entendre Lucie m'interpeler dans la cour du collège, soit de loin, soit en accourant vers moi, un sourire radieux éclairant son visage, pour me demander si j'allais bien, juste histoire de me parler.
Cette enfant m'a touché profondément. Et depuis, chaque fois que je pense à elle, je me dis que j'ai réussi quelque chose avec elle, que je lui ai fait voir les choses autrement, que j'ai été utile...et chaque fois des larmes roulent sur mes joues, comme c'est le cas au moment où j'écris ces mots.
Je n'ai plus eu de nouvelles d'elle. Je sais qu'elle devait partir en internat à Digne...mais je ne sais pas ce qu'elle est devenue. Je n'ai pas de photo d'elle non plus, mais son visage et son sourire restent dans ma tête.
Ce sourire d'une jeune adolescente quelque peu rassurée, ce sourire radieux qui semblait dire merci était et reste encore aujourd'hui ma récompense.
Merci Lucie...toi aussi tu m'as apporté beaucoup. Et plus que tu ne pourrais jamais le penser.
Que le ciel guide tes pas et que la vie te soit douce et emplie de bonheur.